Le 3ème Pékin-Paris
Arrivé place Vendôme (1/2)
Par Olivier THIBAUD le 04 juillet 2007
Les nostalgiques de la Croisière jaune d’André Citroën et autres raids mythiques sont satisfaits, tout du moins pour 250 d’entre eux qui ont franchi le samedi 30 juin la ligne d’arrivée de la plus prestigieuse des places du monde, c’est à dire la place Vendôme à Paris.

Rolls Royce Silver Ghost 1923 : première en catégorie pioneer
Ils étaient partis le 27 mai dernier du pied de la Grande muraille de Chine pour prendre le départ de la 3ème édition de cette course fameuse (la 1ère ayant eu lieu en 1907 – il y a tout juste 100 ans- et la 2ème en 1997).
Ils avaient pris la direction du Nord du désert de Gobi, avant de poursuive par la Mongolie, les steppes de l’Asie (un endroit qui n’a pas beaucoup changé depuis le passage du Prince Borghèse il y a 100 ans). Après quoi, ils devaient arriver en Sibérie, en Kazakhstan, en Russie avec une pause à Moscou et l’autre à Saint Petersbourg, avant d’arriver en Europe.
Enfin, ils ont terminé en beauté, pour les 125 équipages sur les 134 comptés au départ, avec une arrivée triomphale à Paris sur la célèbre place Vendôme, le samedi 30 juin en début d’après-midi.

Lancia Theta 1916, venue des Etats-Unis
Sur les 134 voitures engagées à partir de la Grande muraille de Chine, 17 étaient antérieures à 1921 !
On notait deux Itala 40 de 1907 (de la même marque que celle qui remporta l’épreuve en 1907) …deux American la France de 1918 et 1919, quelques Rolls Royce Silver Ghost, de 1922, 23 et 26, et des voitures de rêve comme la Bugatti Type 44 de 1927 et autres Bentley 4.5 Le Mans, MG, Aston Martin…
Côté concurrents, plusieurs dizaines de nationalités étaient présentes : des anglais, hollandais, américains, grecs, italiens, allemands, néo-zélandais, canadiens, portugais, irlandais, monégasques, australiens, suisses, luxembourgeois, belges, malaisiens, finlandais, argentins, uruguayens, danois, bulgares…
Et quelques français comme Paul Bessade qui avait déjà participé à l’édition 1997 et faisait équipage avec Michel Magnin sur une Brasier 22/30 Torpedo de 1911 et Bernard Gateau (accompagné de sa femme Dina Benett) sur Cadillac La Salle Coupé de 1940. Ce dernier courrait sous couleurs américaines, sans doute pour amour de son épouse dont c’est la nationalité ?

La Brasier 1911 des Français Bessade et Magnin
Mais revenons en 100 ans en arrière, en 1907 précisément : la course Pékin-Paris est alors considérée comme le premier grand raid automobile de tous les temps.
Organisée par le journal français Le Matin, le départ fut donné à Pékin le 10 juin 1907 exactement.
Cinq concurrents avaient pris le départ de cette folle équipée. Trois seulement devaient arriver à Paris après avoir parcouru plus de 16.000 km.
Le premier, à franchir cette ligne d’arrivée, fut le prince Scipion Borghèse sur Itala 4 cylindres de 7.433 cm³. C’était le 10 août 1907 après 44 jours de dures épreuves. Les deux suivants ne devaient pointer leur nez que 20 jours après : Georges Cormier et Victor Collignon tous deux sur De Dion-Bouton en 64 jours.
Pour ce qui est d’Itala, c’est une marque automobile italienne fondée à Turin en 1903 par Matteo Ceirano. Les premières voitures construites remportèrent plusieurs épreuves dont la 1ère Targa Florio en 1906 où cinq voitures furent engagées et quatre raflèrent les premières places.
En 1907, Alessandro Cagno gagna la coupe de vitesse de Brescia sur une 120HP. Un temps alliée à Fiat, la marque ne survécut pas à la seconde guerre mondiale.

Bentley Open Tourer 1927
Plus près de nous, les vainqueurs sont les suivants :
- En catégorie « pioneer » (voitures d’avant 1921) : Frederic Brown (USA) et Thomas Stevenson (Canada) sur Rolls Royce Silver Ghost 7.500 cm3 de 1923.
- En catégorie « vintageant » (voitures d’avant 1941) : David Williams (Grande-Bretagne) et Sadie Williams (Grande-Bretagne) sur Chevrolet Fangio Coupé 3.500 cm3 de 1938.
- En catégorie « classics » (voitures d’avant 1961) : Hans Peter Lindner (Allemagne) et Frank Wiest (Allemagne) sur Mercedes 200 Saloon 1.998 cm3 de 1966.

Arrivée en famille pour la Kox Type R de 1911
Terminons par quelques impressions recueillies à chaud sur la ligne d’arrivée, tout d’abord du Français – ils étaient peu nombreux – Bernard Gateau qui vit dans le Colorado avec sa femme américaine où il élève des chevaux dans son ranch :
« Le pire du parcours a été la Mongolie où les pistes sont très mauvaises et cassantes, vient ensuite la Sibérie où l’intense trafic de camions dégrade la chaussée et met à rude épreuve les suspensions et les amortisseurs. Nous avons « usé » sept jeux d’amortisseurs, dont plusieurs russes (il n’y avait rien d’autre sous la main). »
Comment se comportaient les voitures anciennes ?« Globalement mieux que les plus modernes. En effet, elles disposent de suspensions moins sophistiquées qui ont mieux supporté certaines étapes longues de tôle ondulée générée par les camions et qui imposaient de ne rouler à guère plus de 10 km/h. »
Et votre voiture ?« C’est une Cadillac de 1940 coupé, modèle La Salle (ce qui constituait l’entrée de gamme de la série) ; elle est animée par un V8 essence de 5,2 litres et consomme 25l/100 km. C’est pourquoi elle est dotée d’un réservoir de 160 litres. »
Et au quotidien, en quoi roulez-vous ?« Je me déplace en Hummer, c’est plus pratique que les voitures anciennes. Surtout sur les pistes de mon ranch »

Packard Twin Six de 1917, venue d’Australie
Français sur voiture française (une Brasier 22/30 Torpedo 3.700 cm3 de 1911), Michel Magnin est le coéquiper de Paul-Emile Bessade qui a déjà pris part à l’édition de 1997 :
Vos impressions ?« La tôle ondulée était très cassante, surtout en Mongolie. Je pense d’ailleurs que le prince Borghèse n’avait pas eu les mêmes difficultés que nous. »
Et votre Brasier ?« C’est une voiture fabriquée en 1911 et destinée à l’Argentine, d’où sa hauteur de caisse surélevée. Nous l’avons restaurée et elle n’a été prête que trois jours avant l’épreuve. Nous n’avons fait que 300 km d’essais et de mise au point en tout et pour tout.Nous avons été surpris par sa solidité : en général les voitures anciennes roulent moins vite et cassent donc moins. C’est un peu la fable du lièvre et de la tortue... De plus elles sont plus faciles à réparer. »
Une anecdote à ce sujet ?« Tenez, par exemple l’Itala 40 N° 2 de 1907. A la suite d’une casse moteur et boîte, en temps normal elle n’aurait jamais dû terminer l’épreuve. Qu’à cela ne tienne, grâce aux facilités offertes par le règlement, elle a pu terminer après qu’on lui ait eu monté... un moteur et une boîte de moteur de Volga russe ! »

