La grande histoire de la Mini pour les 100 ans de Sir Alec Issigonis.
Histoire d'un homme (1/2)
Par Renaud LACROIX le 03 janvier 2007
Ses prouesses scolaires ne lui permirent pas de faire des études universitaires et les mathématiques étaient à ses dires «l’ennemi de la création humaine». Mais rien ne fascinait plus Sir Alec Issigonis que la technique à l’état pur. Et quand il était convaincu d’une idée, plus rien ne pouvait l’arrêter.

Sir Alec Issigonis
La plus célèbre d’entre elles a marqué le développement automobile de son empreinte pendant des dizaines d’années : la MINI Classic.
Sir Alexander Arnold Constantine Issigonis aurait fêté ses 100 ans le 18 novembre 2006. Il avait hérité de son intérêt pour la technique et les machines de son père. Cet Anglais d’origine grecque dirigeait une entreprise de fabrication de moteurs marins au début du siècle dernier dans le port de Smyrne dont le nom est aujourd’hui Itzmir.
Cela inspira Alexander, appelé Alec, qui s’intéressa bientôt pour les chemins de fer et les machines à vapeur en particulier. En 1922, durant les troubles précédant la fondation de l’état turc, la famille dû fuir à Malte où le père décéda. Il accompagna sa mère en Angleterre où il acheta sa première voiture deux ans plus tard : une Singer avec carrosserie Weymann, avec laquelle il fit un voyage à travers toute l’Europe avec sa mère en 1925, émaillé de pannes en série selon ses dires plus tard.
Cette expérience laissa des traces plus stimulantes que négatives, car il décida dès son retour de suivre une formation de trois ans en génie mécanique à l’école polytechnique de Battersea de Londres.

Austin Mini 850
Il débuta ainsi sa vie professionnelle en tant que dessinateur industriel et vendeur dans un bureau d’étude automobile à Londres. Avec sa première paye, il s’acheta une Austin Seven qu’il transforma de manière à être sur la ligne de départ de sa première course en 1929. Dans les années qui suivirent, il développa durant ses loisirs son propre Monoposto possédant des caractéristique de construction qui le rendirent plus tard célèbre : le «Lightweight Special» était minuscule, extrêmement léger, mais d’une technique très avancée.
En 1934, Issigonis fit son entrée dans l’équipe du constructeur automobile Humber Ltd. à Coventry et collabora à la mise sur le marché de la suspension à roues indépendantes. Morris Motors le débaucha seulement deux ans plus tard pour ses capacités de développeur de suspensions. Durant la guerre, il fut obligé par la force des choses de s’intéresser à différents véhicules militaires, ce dont ce pragmatique sut tirer partie en s’en servant de sujets d’étude pour des nouveautés techniques.
En 1941, Morris lança le projet «Mosquito», une quatre places compacte pour l’après-guerre. Malgré l’adversité, l’équipe réunie autour de cet obsédé de travail qu’était Issigonis réussit non seulement à faire rouler le premier prototype au bout de trois ans, mais cette voiture devint de plus le modèle, dénommé Morris Minor, qui remporta le plus de succès de la marque sur le marché à partir de 1948.

Morris Mini 1000 MK II
Quatre ans plus tard, Morris fusionnait avec la Austin Motor Company pour devenir la British Motor Corporation dans laquelle Issigonis ne vit aucune perspective d’avenir pour sa créativité. Il passa donc chez Alvis pour y développer une limousine de luxe. Le projet échoua pour des raisons financières et BMC offrit en 1955 à l’ingénieur de retourner à l’usine Austin de Longbridge en tant que directeur technique adjoint.
Sa mission : développer trois nouvelles séries dans les classes petite, moyenne et supérieure qui devaient assurer l’avenir du constructeur automobile européen à l’époque le plus important. Issigonis affronta la pression à laquelle était soumis le développement des petites cylindrées à la suite de la crise de Suez en 1956 par son travail exigeant et autoritaire. En un rien de temps, il réussit à obtenir des performances extraordinaires de son équipe sans faire toutefois de compromis sur le fond.
Cependant, non seulement il était respecté de ses collaborateurs, mais nombreux devinrent en plus des amis pour la vie. La MINI Classic fit ses débuts en 1959, suivie trois ans plus tard de la voiture à quatre portes de classe moyenne Morris 1100 puis en 1964 de la très spacieuse Austin 1800.
Alec Issigonis aimait à dire «Je n’ai pas inventé la Mini, mais je l’ai construite». En 1961, il devint membre du directoire de l’Austin Motor Company et deux ans plus tard de toute la BMC. Il fut admit comme membre de la Royal Society, puis fut anoblit par la reine en 1969. Sir Alec Issigonis prit sa retraite en 1971, mais resta jusqu’en 1987 consultant dans l’entreprise. Il décéda l’année suivante le 2 octobre, peu avant de fêter ses 82 ans.

