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Fiat 500

Le jouet extraordinaire

Par Patrice VERGÈS le 15 janvier 2007

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C’est la plus adorable des petites voitures des sixties. Non seulement la Fiat 500 était géniale mais elle savait être modeste. Retour sur une voiture populaire comme on ne sait plus en faire.

Le jouet extraordinaire

La Fiat 500 a connu un beau succès populaire surtout en Italie où elle a été vendue plus longtemps qu’en France où son importation a été arrêtée fin 1972

La Fiat 500 était la moins chère des voitures des années 60. Pourtant, en l’achetant, on n’avait pas l’impression d’acquérir une automobile au rabais. D’ailleurs, on ne roulait pas avec par dépit mais simplement par envie. Envie d’une petite citadine pratique se faufilant partout. Envie de sa bouille rondouillarde de bonne copine. Envie identique au sein de toutes les classes sociales, riches ou pauvres, jeunes ou vieilles.

Produite à 3,6 millions d’exemplaires, la 500 a vécu longtemps, de 1957 à 1972 et même davantage en Italie. C’est paradoxalement en fin de carrière, qu’elle s’est payé ses records de production avec la version L présente sous vos yeux qui jouait à la citadine de luxe. A cette époque, c’était quoi le luxe ? Trois fois rien.

La ville est son jardin
Le jouet extraordinaire

En 1969, la version L reconnaissable à ses super-pare-chocs lui a permis de connaître une belle seconde carrière

Elle avait conservé sa silhouette aux formes rondes et démodées générant une visibilité médiocre. Son architecture était déjà d’un autre temps; moteur arrière en porte à faux, boîte à vitesses sans syncros, suspension indépendante oscillante à carrossage variable, largeur aux coudes étriquées, coffre avant ridicule, bruit insupportable.

Q’importe!. L’impardonnable sur une autre, était béatement accepté sur la 500 grâce à son charme fou. Il suffisait de se balader en ville pour se rendre compte qu’elle était dans son jardin. Ses moins de trois mètres de long lui permettaient de trouver toujours une place trop grande pour elle.

Une direction douce commandée par un tout petit volant, un rayon de braquage de vélo transformaient une manoeuvre en jubilation urbaine. D’un coup de poignée, dès les beaux jours, elle se transformait en petite découvrable en illuminant de lumière son habitacle qui savait compter jusqu’à quatre petites places.

100 km/h en descente
Le jouet extraordinaire

La L se distinguait par son habitacle mieux présenté ; moquette, volant redessiné, bloc compteur emprunté à la Fiat 850, dossiers basculants

Cette citadine n’avait pas peur de prendre la route. Certes, il serait nettement exagéré de la qualifier de grande routière, mais ses 22 ch SAE, disons 18 Din et on n’en parle plus, lui permettaient de fendre le mur des 100 km/h en descente où le bi-cylindre bramait joyeusement.

En montagne, la 500 était loin d’être ridicule. Son empattement de voiture d’enfant, sa boîte à vitesses bien étagée commandée par un petit levier précis lui donnaient une sacré maniabilité à condition que son pilote connaisse bien les ficelles du survirage. Avec une moyenne de 6 litres aux 100, si la 500 était économique, elle n’était pas réalisée à l’économie. Du moins, elle n’en donnait pas le sentiment par rapport à d’autres populaires françaises à la finition déplorable.

Certes, il n’y avait que le minimum syndical à bord, la jauge à essence s’est fait longtemps attendre et si en hiver, on se caillait un peu à cause du chauffage prenant l’air chaud autour des cylindres, l’été elle n’était jamais chaude grâce à son demi-toit en toile et ses glaces descendantes. Quel bonheur de conduire le coude à la portière pour mieux prendre ses aises !

Craak, clonck
Le jouet extraordinaire

Dès 1960, la berline a été épaulée par la Jardinière. Cette version break recevait un moteur spécifique à deux cylindres à plat contre deux verticaux pour celui de la berline

La Fiat faisait du bruit, beaucoup de bruit surtout pour une aussi petite voiture. Des bruits pas agréables. Son vertical-twin de 500 cm³ refroidi par air émettait un son de crécelle très caractéristique. En prime, elle ajoutait un bruit de démarreur ferraillant commandé au plancher à coté du levier de vitesses, séparé de la petite clé de contact fichée au milieu de la planche de bord. Une disposition aujourd’hui très tendance ! Sa sonorité nourrissait le sentiment qu’elle ne démarrerait jamais.

Mais, tous ces sons n’étaient rien par rapports à ceux émis par la boîte à vitesses sans synchros comme celle d’une moto. Difficile sauf pour les rois du Tango argentin de passer la première sans entendre un « clonck » et de rétrograder sans un « crack » avec la sale impression de tailler dans le vif de la denture. En bonus, on avait droit en plus de quelques vibrations stimulantes au chant plaintif du pignon de première, genre enfant mal réveillé chouinant pour aller à la maternelle.

Cela dit, cette boîte commandée par un petit levier au plancher était digne de celle d’une voiture de sport avec un étagement apte à exploiter le moindre dixième de cheval vapeur.

Le joujou extraordinaire
Le jouet extraordinaire

Lancée en 1957, la Fiat 500 dont le prix était trop proche de celui de la nouvelle 600 a connu des débuts difficiles

Voici, comment on percevait il y a plus de 30 ans cette voiture qui faisait déjà bien son âge. Aujourd’hui, par rapport au volume des véhicules modernes, elle n’est plus petite mais carrément minuscule. On dirait une grosse voiture d’enfant.

En fait, dans une 500 tout est minuscule. Le volant, les commandes, le pédalier décentré qui exige des pieds d’adolescent, la largeur qui rapproche intimement les occupants tout en les plaquant contre la portière jusqu’à la puissance. Avec à peine plus de chevaux qu’un scooter, ce petit joujou rame un peu en matière d’accélération et à du mal à suivre l’actuel flot urbain mécanisé.

Sur route, c’est pire encore où il faut composer avec le déplacement d’air des 38 tonnes vus de si bas et qui la font danser comme une barque folle prise dans le sillage d’un gros bateau à moteur.

Vedette de nombreux films
Le jouet extraordinaire

50 ans après la sortie de la première mouture, Fiat va récidiver avec une nouvelle 500 réalisée sur la base de la Panda. Elle cultivera le mythe de la nostalgie branchée en allant chercher la clientèle de la Mini

Qu’importe, la 500 très recherchée et hyper branchée, vedette de nombreux films dont le fameux « Grand Bleu » de Besson dégage toujours autant, si ce n’est plus de charme et de plaisir de vivre qu’au temps de sa splendeur. Elle s’est faite rare emportée par une maladie congénitale appelée rouille qui a décimé des générations de Fiat.

On l’aime car elle est le reflet d’une époque où on était plus gai, du moins imaginons de le croire, et symbolise toujours les jours heureux d’une portion de vie. On l’aime pour sa bouille extraordinaire et formidablement sympathique.

Hier comme aujourd’hui, retrouver ce joujou d’adulte devant chez soi, réveiller son bruit de guêpe, se faufiler dans les méandres de la circulation, redécouvrir la sympathie dans l’œil du piéton, trouver toujours une place pour se garer, est un rayon de soleil de la vie au milieu de tant d’averses !